Plage de Los Pozos
Playa de Los Pozos : littoral urbain et mémoire de la croissance de Puerto del Rosario
La plage de Los Pozos, située sur le front de mer de Puerto del Rosario, est l’une des zones côtières les plus représentatives de la capitale de l’île. Son évolution reflète clairement la transformation du littoral, qui est passé d’une zone fonctionnelle liée au port à un espace urbain destiné à l’usage public, aux loisirs et à la relation avec la mer.
Origine et signification du lieu
Le nom « Los Pozos » est lié à l’existence de puits et de captages d’eau près de la côte, historiquement utilisés pour l’approvisionnement en eau dans un territoire caractérisé par la rareté de l’eau. Ces éléments font partie des stratégies traditionnelles d’utilisation de l’eau, fondamentales pour la vie à Fuerteventura et particulièrement importantes à proximité des centres portuaires.
Un littoral lié à Puerto de Cabras : l’étalement urbain
Au cours du XIXe siècle et d’une bonne partie du XXe siècle, cette partie du littoral a été étroitement liée au développement de l’ancien Puerto de Cabras, nom historique du Puerto del Rosario jusqu’en 1956. Le port s’étendait vers le sud à travers le quartier de Los Pozos et vers le nord à travers le quartier d’El Charco, formant ainsi un littoral continu où la mer était l’épine dorsale de la vie sociale et économique.
La proximité du quai a fait de cette zone un espace fonctionnel, lié au transit des personnes et des marchandises, ainsi qu’aux activités auxiliaires du port et à la pêche.
Sur la côte de ce quartier, il y avait plusieurs fours à chaux qui ont marqué l’économie de l’ancien Puerto de Cabras. En témoignage de cette force industrielle, plusieurs d’entre eux ont été restaurés et sont encore conservés. Ils font désormais partie du patrimoine ethnographique de la côte.
La Rosa de Los Pozos : un héritage agricole et culturel
À proximité de l’actuel Palais des congrès, près de l’ancienne station-service DISA, se trouvait la célèbre « Rosa de Los Pozos », un ensemble de gavias (terres agricoles) qui constituait l’une des propriétés les plus singulières de l’ancien Puerto de Cabras. Elle a été héritée par Emilia Miller, fille du légendaire Diego Miller (1777-1854), considéré comme l’un des premiers colons du port.
Ces fermes, liées au patronyme Miller et à la tradition agricole de la côte, ont peut-être été visitées par Olivia Stone et Miguel de Unamuno qui, dans leurs écrits, ont fait référence aux « maisons de Don Secundino ». La Rosa de Los Pozos représente donc un lien entre le monde rural, la lignée fondatrice et la mémoire culturelle de la commune.
Mémoire de la pêche aux coquillages et de la pêche traditionnelle
À l’endroit où s’étend aujourd’hui la plage artificielle, construite il y a quelques années, se trouvait autrefois une importante zone de pêche, très appréciée des pêcheurs locaux. C’est là que l’on pêchait les crabes connus sous le nom de « carná de viejas », qui servaient d’appât pour attraper le « vieja » (poisson perroquet). En outre, les coquillages et les poulpes étaient ramassés dans cette même zone, une activité qui faisait partie des moyens de subsistance et de la culture maritime du port.
Le ballast : l’empreinte du trafic maritime
Une autre caractéristique de cette côte est le dépôt de ballast (grosses pierres utilisées pour équilibrer les navires). Le mouvement portuaire de l’époque nécessitait ces pierres lorsque les navires devaient partir ou arriver à vide. En partant de Puerto de Cabras ou de l’un des quais naturels de l’île, on chargeait de la pierre calcaire ou on la prenait dans les gisements de callaos qui se trouvaient à proximité.
Cette pratique était courante dans les allées et venues dans les mers des Canaries et d’Afrique. Les navires qui arrivaient lestés de pierres provenant d’autres sources déchargeaient leur cargaison dans les dépôts autorisés par les autorités maritimes locales, situés sur les plages à proximité des quais de la juridiction maritime. C’est ainsi que sont apparus les dépôts de ballast dans les environs du « Callao de los Pozos » et de la « Caleta de los Pozos », aujourd’hui témoins silencieux de cette intense activité portuaire.
Transformation urbaine du littoral (fin du 20e siècle – 21e siècle)
À partir de la seconde moitié du XXe siècle, et surtout au cours des dernières décennies, la croissance urbaine de Puerto del Rosario a entraîné une profonde transformation de son front de mer. La plage de Los Pozos a fait l’objet de travaux de rénovation et de régénération qui lui ont permis de s’intégrer au tissu urbain en tant qu’espace accessible et sûr pour la baignade et les loisirs publics.
Ces interventions comprenaient l’amélioration des accès, la fourniture de services et l’adaptation des environs, consolidant ainsi la plage comme l’un des principaux espaces publics de la capitale.
Patrimoine contemporain et utilisation sociale
Aujourd’hui, la plage de Los Pozos est un exemple clair de patrimoine côtier contemporain, dont la valeur réside non seulement dans ses caractéristiques naturelles, mais aussi dans son rôle d’espace de coexistence, de loisirs, de restauration et de qualité de vie pour les résidents et les visiteurs.
Sa situation stratégique, à proximité du centre-ville, en fait un lieu de rencontre régulier, où se déroulent des activités récréatives et sportives et divers événements, renforçant ainsi la relation historique de la ville avec son littoral.
Un espace pour comprendre la ville et son évolution
La plage de Los Pozos nous permet de comprendre comment Puerto del Rosario est passé d’un centre portuaire, qui s’étendait entre Los Pozos et El Charco, à une capitale moderne qui a réussi à récupérer son littoral pour l’utiliser à des fins publiques. Cette enclave symbolise la réconciliation entre la ville et la mer, transformant un espace traditionnellement fonctionnel, parsemé de fours à chaux, de bunkers, de ballasts et de la légendaire Rosa de Los Pozos, en un lieu de plaisir, d’identité et de projection touristique.



