Plage de Los Molinos
Puertito de Los Molinos : tradition de la pêche, fours à chaux et mémoire côtière sur la côte ouest de Fuerteventura
Une approche de la longue histoire d’une enclave maritime
El Puertito de Los Molinos est un petit hameau côtier unique appartenant à la municipalité de Puerto del Rosario, située sur la côte ouest de Fuerteventura. Cette enclave, abritée par de hauts escarpements de basalte de plus de 20 mètres de haut, est l’un des plus beaux endroits de l’île pour profiter des couchers de soleil sur la mer. Son histoire, profondément liée à la tradition de la pêche, à l’industrie de la chaux et à l’exploitation des ressources côtières, est un chapitre essentiel pour comprendre la vie maritime et les activités économiques traditionnelles de la côte majorquine.
Une géomorphologie unique : une plage aux trésors cachés
La plage de Los Molinos est située dans un petit bras de mer abrité par de hauts escarpements de basalte. Sa particularité réside dans sa double nature : la première zone de contact avec la plage est un espace de gros galets (rochers) qui en recouvre une grande partie. Cependant, lorsque la marée descend, la nature révèle son trésor : une plage spectaculaire de sable fin, idéale pour faire trempette.
Ce phénomène fait de cet endroit un lieu en constante transformation, où la mer dévoile et cache ses secrets au gré des marées. La mer vient souvent frapper violemment cette partie de l’île, ce qui rend la baignade très dangereuse.
Les marées de pin : un spectacle naturel
Le phénomène le plus curieux de ce site se produit entre les mois de septembre et octobre, lors des marées exceptionnelles, connues aux Canaries sous le nom de « Mareas del Pino ». Pendant ces quelques jours, la plage de Los Molinos devient le lieu phare de l’île, attirant des milliers de visiteurs venus admirer l’un des spectacles naturels les plus impressionnants de Fuerteventura.
À marée basse, le rivage se retire suffisamment pour dévoiler de spectaculaires grottes auxquelles on peut accéder à pied. Cependant, ces grottes ne sont pas toujours visibles chaque année pendant les mois de septembre et d’octobre, car leur apparition dépend d’un équilibre délicat entre l’amplitude des marées, les courants marins et l’accumulation de sable à l’intérieur. Ce n’est que lorsque ces conditions naturelles sont réunies qu’elles sont entièrement dégagées et permettent un accès à pied.
La plage de Los Molinos subit par ailleurs une transformation saisonnière notable. En hiver, le paysage est dominé par des galets et des affleurements rocheux, car la forte houle emporte une grande partie du sable. Avec l’arrivée du printemps, et plus particulièrement à partir du mois de mai, les courants recommencent à transporter du sable vers la crique, où il s’accumule progressivement jusqu’à modifier l’aspect de la plage. Par la suite, entre la fin de l’été et l’automne, la mer redistribue à nouveau ces sédiments, mettant à nu les formations rocheuses et, lorsque les conditions s’y prêtent, les grottes marines. Ce cycle naturel fait de Los Molinos un paysage vivant et en constante évolution, où chaque saison offre une image différente du littoral.
Ce phénomène fait de cet endroit un lieu en constante transformation, où la mer dévoile et cache ses secrets au rythme des marées. Les grottes restent cachées pendant une grande partie de l’année et se retrouvent à nouveau recouvertes à marée haute, créant ainsi un cycle naturel qui a fasciné des générations d’habitants de Fuerteventura et de visiteurs. La mer vient souvent frapper cette partie de l’île avec violence ; la baignade peut donc s’avérer très dangereuse, même lorsque la plage semble calme en apparence.
Les origines du peuplement : pêcheurs, réfugiés et « petits hameaux »
L’histoire de Puertito de Los Molinos en tant que centre habité remonte au XVIIIe siècle et est liée à un événement géologique de grande ampleur qui a transformé l’île voisine de Lanzarote.
Les éruptions volcaniques de Timanfaya, à Lanzarote, qui ont débuté en 1730 et se sont prolongées pendant six ans, ont contraint des milliers de personnes à quitter leurs foyers. Bon nombre de ces personnes dépossédées ont été contraintes d’émigrer non seulement vers Fuerteventura, mais aussi vers le reste du monde. Dans certains cas notables, ils ont contribué à la fondation de villes telles que Montevideo, dans le Río de la Plata, ou San Antonio, dans le sud du Texas.
Les déplacements des populations et des petites embarcations le long des différents embarcadères de la côte ouest de Fuerteventura ont favorisé l’apparition des premiers « ranchitos » : des maisons ou des pièces où s’abriter lorsque la mer était agitée. Le Puertito de Los Molinos fut l’un des villages issus de ce processus migratoire.
Pêche et conchyliculture
La présence des pêcheurs à Puertito de Los Molinos s’est consolidée tout au long du XIXe siècle. Ces pêcheurs utilisaient l’enclave comme base pour leurs activités, qui comprenaient la pêche côtière et la pêche aux coquillages. Nous disposons de sources documentées sur cette activité grâce au sauvetage qui a eu lieu le 31 août 1901, lorsque le pêcheur M. Ambrosio Santana, habitant de Puertito de Los Molinos, a repêché dans les eaux de la plage les ramasseurs de coquillages Antonio et Luis Cabrera Llarena, âgés respectivement de 11 et 7 ans. Le premier a été retrouvé sans vie, tandis que le plus jeune a été sauvé. Cet événement tragique nous révèle en outre la période de l’année à laquelle ces activités avaient lieu, ainsi que le nom de l’un des plus anciens habitants du petit port.
Depuis des temps immémoriaux, El Puertito est un hameau utilisé par les pêcheurs d’El Cotillo pour se rendre à Morro Jable et en revenir, car il s’agit d’un point stratégique dans la navigation côtière de la côte ouest de Majorque.
L’industrie de la chaux : fours et exportations
Parallèlement à la tradition de la pêche, le Puertito de Los Molinos a développé une importante activité industrielle liée à la production de chaux. Le port de Los Molinos apparaît déjà dans la cartographie du XVIIIe siècle et, à partir de la fin du XIXe siècle, il s’est consolidé en tant que point d’exportation de la pierre à chaux, du gypse et de ses dérivés.
Les fours à chaux que l’on peut encore voir dans les hauteurs de la ville datent de cette époque. Ces fours, témoins d’une industrie traditionnelle qui a atteint son apogée au début du XXe siècle, constituent un patrimoine ethnographique de premier ordre. La chaux produite à Los Molinos était essentielle à la construction traditionnelle des Majoreros, car elle était utilisée à la fois pour le mortier et pour le badigeonnage caractéristique des maisons.
Le Cabildo de Fuerteventura, après sa création en 1913, s’est approprié les taxes perçues sur l’exportation et l’importation de produits transitant par les ports et les côtes de l’île. Le Puertito de Los Molinos, par lequel transitait un important volume d’exportation de pierre calcaire, de gypse et de produits dérivés, faisait l’objet d’un contrôle tant de la part de la mairie de Casillas del Ángel que de celle du Cabildo nouvellement créé.
Mouvement commercial
Entre 1912 et 1918, il y a eu des mouvements commerciaux de biens immobiliers sur la plage de Los Molinos : des maisons, des chambres et des fours ont été achetés et vendus. Cette activité témoigne de la vitalité du hameau et de son importance économique dans ces années-là.
Le projet visionnaire de Gustav Winter : la centrale éolienne
L’un des épisodes les plus fascinants de l’histoire de Los Molinos est le projet initié par l’Allemand Gustav Winter. En 1938, des décennies avant la construction de la première centrale électrique à Fuerteventura, Winter a planifié la construction d’une centrale éolienne à Los Molinos.
Les caractéristiques techniques du projet étaient remarquablement avancées pour l’époque :
- Capacité : 500 à 650 kWh
- Centrale électrique de secours : d’une puissance de 500 chevaux-vapeur
Ce projet visionnaire, qui n’a finalement pas vu le jour, témoigne du potentiel énergétique de cette côte de Fuerteventura et de la capacité d’innovation de certains acteurs de l’île pendant l’entre-deux-guerres. Le nom de « Los Molinos » prend ainsi une nouvelle dimension, liée non seulement à l’existence éventuelle de moulins à eau dans le passé, mais aussi à l’ambition d’exploiter la force du vent pour produire de l’électricité.
Le barrage de Los Molinos : infrastructure hydraulique
La zone de Los Molinos a été revitalisée au XXe siècle par les travaux promus par le Commandement économique des Canaries, notamment la construction du barrage de Los Molinos. Cette infrastructure hydraulique, conçue pour retenir les eaux de ruissellement, a permis le développement de l’agriculture dans les tableros voisins.
À partir de 1950 et au cours des années 1960, des plantations de tomates destinées à l’exportation sont venues s’ajouter aux activités économiques traditionnelles, occupant les parcelles de Los Opares et de Los Molinos. Ces plantations étaient irriguées avec l’eau du réservoir et constituaient une source importante d’emploi et d’activité économique dans la région.
La Virgen del Carmen : fêtes patronales
Si vous voulez connaître cette ville dans toute sa splendeur, vous devez la visiter pendant les fêtes patronales en l’honneur de la Virgen del Carmen, qui ont lieu autour du 16 juillet. Ces fêtes représentent l’expression la plus authentique de l’identité maritime du petit port.
L’oratoire dédié à la Virgen del Carmen, bien que modeste, représente la foi maritime profondément enracinée dans cette petite enclave. La Virgen del Carmen est traditionnellement la patronne des marins, et sa présence dans le petit port souligne l’importance de l’activité de pêche dans l’identité de la communauté.
Affectation administrative : de Casillas del Ángel à Puerto del Rosario
Los Molinos appartenait à la municipalité disparue de Casillas del Ángel jusqu’en 1926, date à laquelle elle a été rattachée à la municipalité de Puerto de Cabras, aujourd’hui Puerto del Rosario.
D’un point de vue documentaire, depuis la fusion des municipalités de Puerto de Cabras et de Casillas del Ángel, la nouvelle municipalité a pris soin d’enregistrer les maisons existantes pour des raisons purement fiscales. Cette inscription dans les registres fiscaux a permis non seulement de mettre en évidence l’existence du village, mais aussi de reconnaître, dans une certaine mesure, l’existence de propriétés privées au sein du domaine communal de Las Salinas et de Jarugo.
Une reconnaissance contestée
La situation administrative du petit port n’a pas toujours été paisible. En 1930, Ramón Peñate Castañeyra, maire de Puerto de Cabras, s’étonne que l’Office des statistiques veuille exclure le petit port sous prétexte que personne n’y habite. Il dut répondre que les activités du village étaient sporadiques, reconnaissant tacitement qu’elles étaient conditionnées par l’état de la mer.
Infrastructures et services
Malgré ces différends, le Cabildo de Fuerteventura a accepté de fournir des fonds d’un montant de 200 pesetas pour réparer la route menant de Tefía à Puerto de Los Molinos. Toujours dans ces années-là, la construction d’une citerne ou d’un réservoir d’eau a été autorisée pour approvisionner en eau le hameau côtier ; de l’eau de pluie, car l’eau saumâtre du ravin n’était pas potable à certaines périodes de l’année.
Continuité historique et mémoire territoriale
Puertito de Los Molinos est un exemple significatif de continuité historique sur la côte ouest de Fuerteventura. Du refuge de pêcheurs du XVIIIe siècle à la ferme saisonnière d’aujourd’hui, cette enclave a maintenu une présence humaine liée à la mer et aux ressources du territoire.
Les vestiges des fours à chaux témoignent d’une industrie qui a été le moteur économique de la région pendant des décennies. Les fêtes de la Vierge du Carmen perpétuent la dévotion maritime. Les grottes qui se dévoilent lors des « Mareas del Pino » nous rappellent la transformation permanente du paysage côtier. Et le projet visionnaire de Gustav Winter témoigne d’une aspiration à la modernité qui, bien qu’elle ne se soit pas concrétisée, fait désormais partie de la mémoire du lieu.
La valorisation de ce patrimoine – naturel, ethnographique, industriel et immatériel – n’est pas seulement une question d’identité, mais aussi une opportunité de construire un avenir qui intègre l’héritage du passé aux besoins du présent, en offrant aux visiteurs et aux résidents un espace où la mémoire de la mer et celle de la terre se rencontrent dans une étreinte perpétuelle.




