Église Notre-Dame du Rosaire
Église paroissiale Notre-Dame du Rosaire
Cœur spirituel et historique de Puerto del Rosario
Localisation et présence urbaine
L’église paroissiale de Nuestra Señora del Rosario est située dans le centre névralgique de la capitale de Fuerteventura, entre les rues León y Castillo, Virgen del Rosario et la rue Primero de Mayo, désormais piétonne, en face du Cabildo de Fuerteventura et de la Délégation du gouvernement. Sa présence marque non seulement le centre géographique de Puerto del Rosario, mais aussi son centre symbolique et émotionnel, articulant la vie de la communauté depuis le début de l’établissement définitif au bord de la mer.
Origines : le premier oratorio (1812)
Le besoin d’un espace religieux stable à Puerto Cabras, nom historique de la ville jusqu’en 1956, s’est fait sentir avec la croissance du port et de sa population. En 1812, un groupe de voisins, encouragé par le marchand anglais James Miller (également connu sous le nom de Diego Miller Seroton), vice-consul de Fuerteventura, a demandé une licence à l’évêché pour ériger un oratoire à côté du quai.
Miller a également indiqué aux colons l’emplacement d’une église qui était déjà en construction. Pendant sa construction, un entrepôt de la Calle de La Marina, une maison de l’actuelle Calle García Hernández, qui existe toujours, a été aménagée en première église. Cet humble espace a été le point de départ de la vie religieuse d’El Puerto, bien avant que la localité ne soit constituée en municipalité indépendante, puisqu’elle appartenait alors à la paroisse de Santo Domingo de Guzmán, dans la municipalité de Tetir.
Construction de l’église (1824-1931)
L’évêque s’engagea à construire une nouvelle chapelle et, dans les années 1820, les premiers travaux de l’église paroissiale commencèrent, selon un plan élaboré au début du XIXe siècle par Diego Miller lui-même. Le projet était ambitieux et correspondait à l’essor commercial du port en tant que point d’exportation de la barrilla et d’autres marchandises.
Les travaux sont cependant interrompus à plusieurs reprises. À partir de 1835, ils reprennent de plus belle, envisageant même la construction de deux clochers flanqués d’un pignon courbe, mais le projet doit être rejeté. Les raisons en sont la crise de la barrilla, les pestes successives et les famines qui ont dévasté l’île.
Les chroniques de l’époque sont éloquentes : le 8 mai 1843, elles parlent de l’état lamentable de la ville et de toute l’île dû au déclin du commerce ; le 3 juin 1844, elles mentionnent l’émigration massive due aux récoltes misérables depuis 1827 ; le 13 novembre 1844, elles signalent même l’apparition de cigares de Barbarie sur les plages.
Malgré les difficultés, la volonté de doter la ville d’une église digne de ce nom ne s’est jamais démentie. En 1888, le clocher est ajouté, abritant deux cloches marseillaises. En 1929, une commission pour l’agrandissement et la réparation du temple est créée et, enfin, en 1931, les travaux s’achèvent avec la construction de la tour-façade actuelle, telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Architecture : style néoclassique insulaire
A l’extérieur
- Plan rectangulaire à nef unique, toit à deux pentes en tuiles.
- Presbytère de hauteur différente, avec un toit en croupe et des angles en pierre.
- Des deux côtés de la chapelle principale se trouvent des sacristies avec un accès direct depuis la rue.
- De grandes fenêtres dans les murs latéraux, encadrées de pierres rouges avec des arcs segmentaires, ainsi que les portes latérales.
- La façade principale est intégrée à l’imposante façade-tour en trois parties :
- Première section : trois arcs en plein cintre.
- Deuxième corps : trois fenêtres cintrées sur le devant et une sur chaque côté.
- Troisième corps : plus petit et au profil découpé en lignes ondulantes, il abrite l’horloge.
- Corps de cloche : quadrangulaire, avec un double trou de cloche de chaque côté, surmonté d’une pyramide avec une croix au sommet.
A l’intérieur
- Toit à ossature bois.
- Le retable principal est une reproduction de celui qui existait auparavant. Il se compose d’un corps central avec une niche flanquée de colonnes, couronnée par un fronton incurvé. Les côtés du retable ont des corniches entourées d’une balustrade. L’ensemble est polychromé dans des tons bleus, roses et or sur un fond blanc marbré, culminant dans un corps circulaire avec un Agneau divin d’où partent de grands rayons.
- Dans la partie centrale, une sculpture du XIXe siècle de Notre-Dame du Rosaire est vénérée. À gauche, on trouve un saint Joseph avec l’enfant et, à droite, un saint Aloysius Gonzaga. L’image originale du XIXe siècle, une sculpture en bois polychrome, est actuellement conservée dans la sacristie.
Repères historiques et reconnaissance du patrimoine
- 1906 : l’église devient paroissiale, consolidant ainsi sa position de centre de culte et de point central de la vie sociale, culturelle et spirituelle.
- 1956 : la vocation mariale du village est explicitée lorsque le conseil municipal, reprenant l’aspiration laïque du quartier, propose et obtient que l’ancien nom de Puerto de Cabras soit remplacé par celui de Puerto del Rosario.
- 1990 : déclaré Bien d’Intérêt Culturel avec la catégorie de Monument Historique-Artistique par le Gouvernement des Canaries (arrêté de publication de l’accord du 19 novembre 1990, publié le 2 juillet 1993).
Dévotion populaire et festivités
Chaque 7 octobre, les festivités en l’honneur de la Vierge du Rosaire, patronne de la ville, sont célébrées par l’offrande et la procession de l’image dans les rues. Il s’agit d’une expression vivante de la dévotion populaire qui attire à la fois les fidèles et les visiteurs.
Témoignage historique : le point de vue du chroniqueur en 1958
Le secrétaire municipal et chroniqueur Juan José Felipe Lima, dans un texte publié en 1958 dans le journal Falange, offre un témoignage précieux sur l’église et son importance pour la ville. Voici ce qu’il dit :
« Puerto del Rosario est une ville jeune. Administrativement, elle a été incorporée à l’histoire en 1835. […] L’église est manifestement insuffisante. […] Depuis que Puerto est un port, ses habitants vivent sous le patronage de la Vierge du Rosaire. D’abord dans une petite pièce d’un immeuble, puis dans un entrepôt qui se trouve encore dans la rue García Hernández, et enfin dans l’ermitage qui devint plus tard une église paroissiale ; tous les soirs, les voisins se réunissaient pour prier le Saint Rosaire ».
Lima raconte comment le cultivé don Teófilo Martínez de Escobar, arrivé vers 1905, s’est attaché à la ville, a créé la paroisse et acquis l’image qui présidera à la vie religieuse. Il évoque également les luttes de la commune pour son développement – le dock, les crises, la fusion des communes – et l’effort collectif pour consolider la croissance de la capitale.
Conclusion
L’église paroissiale de Nuestra Señora del Rosario est bien plus qu’un édifice religieux. C’est le cœur spirituel et historique de Puerto del Rosario, un témoin silencieux mais éloquent de l’évolution de la ville, depuis ses origines modestes de quartier maritime jusqu’à sa transformation en capitale de l’île. Son architecture, son patrimoine artistique et la dévotion qui l’entoure en font un lieu essentiel pour comprendre l’identité majoraise.




